|

Montreux-Vieux / Récital d'accordéon
Du piano à bouton
L'association Partage-solidarité-regroupement (PSR) de Montreux-Vieux recevait récemment au temple Willy Malaroda.
L'accordéoniste proposait plusieurs pièces du répertoire romantique adaptées du piano ou de la musique d'orchestre ; une double performance, d'écriture et d'interprétation.
Les valses de Chopin à l'accordéon : une gageure ? Osé, le projet l'est sans doute : défi à la fois technique et esthétique, sa réalisation passe par une transcription, un arrangement tenant compte des spécificités de l'instrument de destination, dans le respect le plus proche possible de l'oeuvre originale.
Adaptation
«J'ai dû apporter quelques modifications», avoue Willy Malaroda, en présentant ses partitions. Son «bayan», un accordéon de concert de 120 basses standard, l'obligeait à consentir quelques renversements d'accords différents et autres aménagements, par rapport aux oeuvres originales. Car d'un côté comme de l'autre, les boutons de l'accordéon restent bien différents d'un clavier de piano.
Un constat sans appel, qui peut parfois tourner à l'avantage de l'interprète. Ainsi, avec un plus grand nombre de touches sous les doigts, l'accordéoniste bénéficie d'un avantage technique par rapport au pianiste, dont le clavier se développe beaucoup plus en largeur, l'obligeant à« faire du chemin». Un bénéfice qui ne dispense pas, bien au contraire, de soigner la précision, tant les boutons sont rapprochés les uns des autres. On a pu le constater lors de ce récital, où Willy Malaroda n'a pas hésité à prendre des risques, à la fois sur le choix des morceaux et sur celui des cadences.
Autre différence notable : l'expression, sujet sensible pour la musique romantique. Au piano, les nuances passent exclusivement par le toucher. Pour arriver au même résultat, l'accordéoniste doit jouer du soufflet. Et force est de constater que l'accordéon reste un instrument très expressif, capable d'une finesse insoupçonnée, du pianissimo le plus délicat au sforzendo le plus énergique.
Contre-emploi
Enfin, et c'est certainement le point le plus subjectif : la sonorité de l'instrument lui-même. Willy Malaroda affirme batailler régulièrement avec les puristes, qui ne souffrent pas l'exotisme. C'est vrai, la sonorité de l'accordéon n'a rien à voir avec le velouté du piano et la chaleur des cordes. Faut-il pour autant verser dans le sectarisme ? Paradoxalement, bien peu de mélomanes s'offusquent d'entendre l'oeuvre de Bach pour clavecin au piano : un anachronisme plus facilement admis, alors même que le compositeur n'eût pu connaître cet instrument moderne.
Abstraction faite du timbre de l'accordéon -qui charme ou irrite, c'est selon- l'expérience semble avoir séduit le public, sauf à vouloir entendre l'instrument dans son usage le plus populaire ; ce qui n'était pas l'objet de ce récital. A en juger par l'enthousiasme de l'assistance, qui fredonnait les airs célèbres à la manière des superproductions d'André Rieu, le concertiste a atteint son objectif : faire apprécier l'accordéon en dehors de son carcan traditionnel.
Luc Dangel
Le classique à l’accordéon.
Willy Malaroda, accordéoniste classique oeuvrant sur un Bayan :
- reconnu pour la qualité d’un long travail de maturation, une musicologie mise à l’épreuve qui intéresse un public de plus en plus nombreux et de plus en plus jeune,
- il a un réel sens du concert et du contact avec le public,
- il apporte bonheur et émotion en interprétant Bach, Beethoven, Chopin, Liszt, Mozart, Schubert, Vivaldi…
Il flotte sur le répertoire de Chopin avec une grâce impalpable et atteint des sommets d’émotion qui nous arrache des larmes et nous transporte dans une extrême sophistication avec une feinte simplicité.
Le public et la critique saluent avec ferveur ses interprétations et lui souhaitent une carrière exceptionnelle.
C. RC.
|
"L'amour de la musique mêlé à une vive curiosité, me firent accepter l'invitation à un récital privé de Willy Malaroda.
Dès les premières notes je reconnu les standards de la musique classique !
Original, différent de ce que j'avais l'habitude d'entendre; l'accordéon, cet instrument populaire était donc capable de mettre en valeur les compositions de grands musiciens.
Tout d'abord je me suis laissée séduire par le jeu de ses mains sur le clavier;
mon regard allant et venant entre l'instrument et l'interprète !
Puis peu à peu, j'ai laissé la musique couler en moi, comme une pluie de printemps jusqu'à ce qu'elle me pénètre aux confins de l'âme et du coeur et me bouleverse totalement !
En rouvrant les yeux, je vis en face de moi le prodigieux, merveilleux magicien qui avait réalisé ce miracle..."
Jeannine DOUSSOT |